Ma carte d’identité est neuchâteloise. Ma vie est vaudoise. Et mon cœur est aussi valaisan : la moitié de ma famille est originaire de ce canton, et de larges pans de ma vie se sont écrits entre St-Léonard et Vercorin. Cet état de fait ne m’autorise pas plus qu’un autre à émettre un avis, mais quoi qu’il en soit toutefois, le drame de Crans-Montana me touche sincèrement. J’en regrette chaque conséquence, chaque blessé, chaque vie brisée. Mon premier réflexe a été de me taire, par décence, pour ne pas ajouter du bruit à l’indicible, pour faire ma part en évitant d’amplifier le brassage médiatique autour d’une tragédie qui dépasse les mots.
Si je prends finalement la parole, c’est en réaction à certaines prises de position. Un article récemment publié par 24 heures rend compte de manière détaillée de la façon dont de nombreux médias d’Italie traitent ce drame et publie quelques réactions des politiques. L’indignation italienne est vive et les critiques envers la Suisse sont sévères.
Gian Lorenzo Cornado, ambassadeur d’Italie en Suisse :
« Il y a des accidents, mais celui-ci n’en était pas un. C’était une tragédie qui aurait pu être évitée. Un peu de prévention et un minimum de bon sens auraient suffi. »Matteo Salvini, vice-premier ministre italien :
« Des criminels à la conscience sale, ceux qui n’ont pas garanti la sécurité, ceux qui n’ont pas effectué de contrôles et qui ont délivré l’autorisation […] »Extraits rapportés par le quotidien 24 heures.
L’émotion italienne est compréhensible, de même que celle de France et d’ailleurs. La colère, la recherche de responsabilités, l’exigence de justice font partie du processus de deuil. Mais ce qui interroge, c’est la violence du ton, la généralisation, la transformation d’un drame précis en procès symbolique d’un pays entier. La Suisse y est décrite comme négligente, presque irresponsable, accusée d’avoir trahi l’image de sérieux et de rigueur qu’on lui associe volontiers.
La Suisse n’est pas parfaite. Elle ne l’a jamais été. Elle n’est ni infaillible, ni à l’abri des erreurs humaines, des manquements ou des défaillances de contrôle. Le croire serait naïf. Mais distribuer des leçons de morales suppose au minimum une capacité à regarder aussi ses propres manquements: comment ne pas penser au drame du pont de Gênes ? Un effondrement majeur, survenu en 2018 alors que la dégradation de cette infrastructure était documentée depuis 1992 au moins. Là aussi, le système a failli bien avant que le béton ne cède.
J’aimerai citer également un article rédigé par un avocat résident à Crans-Montana publié dans les colonnes du journal Le Peuple, qui évoque également cet effondrement. Le ton y est direct et mérite d’être lu.
Ce rappel n’a pas pour but de comparer les morts ni d’opposer les tragédies, mais de souligner une évidence : aucun pays n’est en position de supériorité en cas de catastrophe. Il s’agit aussi de rappeler qu’aucun pays n’est à l’abri, et que la sécurité ne se décrète pas par la réputation. Merci d’éviter les jugements à l’emporte-pièce. La justice doit suivre son cours. Les responsabilités doivent être établies, les manquements identifiés, les sanctions appliquées si elles s’imposent.
Écrire cela n’est pas minimiser le drame. Ce n’est pas défendre l’indéfendable. C’est un appel à la retenue, à l’humilité et au respect face à la fin abrupte de jeunes vies.
Grégoire.

