Une Suisse bunkerisée serait une Suisse affaiblie

Affiche de campagne du comité au non à l'initiative de l'UDC.
Publié le 22 mai 2026 par Grégoire Pomey
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Le 14 juin 2026 promet d’être une date hautement symbolique en Suisse. Comme chaque année, cette date sera marquée par la grève des femmes, devenue un rendez-vous important des luttes sociales et de l’égalité. Mais cette fois, une autre actualité risque de monopoliser le débat public: la votation sur l’initiative dite de la « Suisse à 10 millions », portée par l’Union démocratique du centre.

Derrière cette initiative, il y a une vision du pays fondée sur le repli. L’idée qu’il faudrait fermer davantage la Suisse pour la protéger d’un monde dont les ressortissants sont des dangers pour notre pays et notre culture. Une sorte de version helvétique du « Make America Great Again » du « gérontocrate » Trump (qui, d’ailleurs, est né un 14 juin…). Sauf qu’un MAGA à la suisse ne fonctionnera pas, pas plus qu’il ne fonctionne aux USA, pourtant superpuissance revendiquée. Nous sommes enclavés, totalement imbriqué dans l’économie européenne.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Plus de la moitié de nos exportations partent vers l’Union européenne, tandis qu’environ 70 % des importations viennent de l’UE. Nos entreprises vendent leurs produits avant tout à nos voisins. Industrie pharmaceutique, machines, horlogerie, technologies, alimentation: toute notre économie dépend de cette stabilité des échanges.

Une Suisse coupée de l’Europe ?

Accepter cette initiative, c’est couper du jour au lendemain les possibilités pour notre économie de recruter les talents nécessaires pour nos affaires. Imaginer une Suisse qui se couperait brutalement de l’Europe revient à tuer directement des emplois, des investissements et notre prospérité. La Suisse peut défendre ses intérêts sans entrer dans une logique de confrontation permanente avec ses voisins. Car contrairement aux slogans simplistes, l’économie suisse ne fonctionne pas en vase clos.

Même constat pour la santé. Une partie essentielle du système hospitalier en Suisse repose sur du personnel formé à l’étranger. En 2023, près d’un médecin sur deux dans les hôpitaux suisses possédait un diplôme étranger, tout comme environ un tiers du personnel soignant. Dans certains cantons frontaliers, les hôpitaux ne tourneraient tout simplement pas sans les travailleurs venus de France, d’Italie ou d’Allemagne.

On peut évidemment débattre des infrastructures, du logement ou de l’aménagement du territoire. Ce sont de vrais sujets. Mais prétendre que la Suisse pourrait brutalement se refermer sans conséquences relève du fantasme politique.

Le Brexit comme avertissement

L’exemple britannique devrait pourtant servir d’avertissement. Le Brexit avait été vendu comme une reprise de contrôle et un retour de souveraineté. Quelques années plus tard, le Royaume-Uni fait face à des échanges commerciaux en berne, des pénuries dans plusieurs secteurs et des difficultés de recrutement massives. Des études récentes montrent même que la sortie de l’Union européenne a eu des conséquences sanitaires concrètes. Une recherche publiée en 2025 estime qu’environ 1485 décès supplémentaires par an seraient liés au manque de personnel infirmier européen. Enfin, on peut rappeler un effet direct du Brexit largement relayé par la presse à l’époque: les conducteurs de camions avaient été contraints de quitter le pays. Du jour au lendemain, l’industrie ne pouvait plus livrer sa marchandise.

Quand on détruit des équilibres économiques et humains construits pendant des décennies, les conséquences finissent toujours par apparaître. Ce type de campagne politique transforme des inquiétudes en récit de peur permanent. Tout devient la faute de « l’extérieur »: les étrangers, Bruxelles, les accords internationaux, les frontaliers. Pourtant, les difficultés du logement, des transports ou du coût de la vie viennent aussi d’années de sous-investissements et de spéculation immobilière.

La Suisse s’est construite sur le compromis, le pragmatisme et l’ouverture. Pas sur le fantasme d’une forteresse alpine coupée du continent. Notre force a toujours été notre capacité à coopérer intelligemment avec nos voisins tout en gardant notre propre modèle.

Quel avenir veut-on laisser à nos enfants ? Une Suisse qui continue d’avancer au cœur de l’Europe, ou une Suisse qui croit pouvoir survivre seule en regardant le monde derrière ses montagnes ?

Je vote non le 14 juin 2026.

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