Petite histoire vaudoise sur le Balcon du Jura

Léo et son patron. L'un dort, l'autre l'engueule. Visiblement sans effet.
Publié le 20 septembre 2025 par Grégoire Pomey
📂 La Suisse

Au garage « Chez Jaccard & Fils », en bas la dérupe qui mène au ruclon, on avait engagé Léo, un agnoti pas méchant, mais alors… boffiaud comme pas deux. Le matin, il arrivait souvent caqueux, parce que la veille il avait fait la rioule et pris une viguétze avec les copains.

— « T’as pas tant d’acouet ce matin, Léo. Va pas nous béder les services, hein ! », grommelait le patron.

Plutôt canfouine que garage, on y trouvait un joyeux cheni de clés à molette, de blètse pour chambres à air, de cassotons pleins de boulons et un vieux tracasset qui péclotait dans un coin. Ça boconnait un peu la vieille huile, bref, une vraie coffia.

— « Commence par poutzer les établis, grailler la vieille colle sur l’étau, puis ramassoire et brosse. Après on emmode la 205 pour le contrôle. »

Léo a hoché la tête, tout mollachu. Dix secondes plus tard, il taguenassait déjà, à barjaquer avec la batoille de la Poste qui passait pour le café. Ensuite, comme il faisait une cramine de janvier, il s’est dit qu’il se ferait bien un petit clopet à côté du radiateur, aboclé au mur. Quand le patron l’a trouvé, il a poussé une de ces bouélées !

— « Lève-toi, taborniau ! Prends le boguet et la remorque et va chez Tissot prendre des pneus, mais cote la porte avant, y a les taguenets qui rôdent ! »

Léo a voulu coter la porte, mais elle fermait mal et il s’est mis à la senailler comme un forcené.

— « Arrête de briquer cette porte, taborniau, tu vois bien qu’elle est cotée, quand même ! »

Il a rougi, a pris le boguet et a démarré.

— « Ça veut seulement jouer… », a-t-il soufflé avant de déguiller sur le gravier. Forcément, c’est un rotoillon de démarrage et en bédant, il s’est esquinté un genou.
— « Mon té ! » qu’il a fait, rebouillé par la douleur. Il a poutsé son sang, a mis une blètse puis il s’est mis en route pour le dépôt.

Chez le Tissot, il a chargé une épéclée de pneus, de quoi faire un aguillage de classeurs comme dirait le comptable. Étonnamment, tout s’est bien passé. Sur le retour, le Joran commençait à souffler. Arrivé au garage, Léo a trouvé la 205 sur le pont. Le patron :

— « Allez, on emmode. On range les pneus avec les autres, puis vidange, filtres, freins — et pas de gogne, hein ! »

Léo se motive, décharge sa marchandise puis s’attaque à la Peugeot. En desserrant l’écrou de vidange, il a cougné la clé comme un ours… ébriquant proprement le filetage.
Le patron, à deux doigts de lui mettre une agnafe :

— « C’est pas un concours de roiller sur la mécanique, pétochon ! »

Après avoir terminé la bagnole et pour se faire pardonner, Léo s’est dit qu’il irait dehors dégreuber la baie vitrée. Il a frotté, frotté, frotté… aguillé sur un trabetset de trabiole. Cela n’a pas manqué : il a glissé sur une gouille d’huile et a cupessé cul par-dessus tête ! Il s’est rattrapé à la berclure où se ganguillait la panosse du garage, en n’oubliant pas de se taper un ertet.

À midi, toute l’équipe a rupé un papet maison avec rampon en entrée et deux Salvagnin. Ça a rappicolé tout le monde sauf Léo qui, moindre, a filé aux cagoinces : les restes de la canfrée d’hier, certainement.

— « Reviens, pommeau ! On a une Clio à finir ! »

De retour sous une voiture, Léo devait grailler de la vieille rouille et changer les roues. Il foutimassait un peu, c’est vrai.
Après une saucée du mécano-chef, Léo s’applique enfin.

L’après-midi, débarque Mme Ginette, la cliente la plus stramm du coin, avec ses boilles remarquables et sa Twingo « qui péclote un peu ».

— « Regardez, y a un mouillon sous le siège et puis ça schlingue ce truc, on dirait de la pistrouille… »
— « C’est le lave-glace, madame. On va dégreuber tout ça, poutzer les tapis, et ça ira. »

Pendant que le mécano-chef s’occupe de Ginette et reluque ses boilles, Léo bricole toujours la Clio.
Soudain, boum — un pneu posé à boclon sur un tablar de trabiole vient de déguiller au sol.

— « Qui m’a aguillé ce chenit là-haut ? » tempête le patron alerté par le bruit.
Silence. Toute l’équipe regarde Léo.

— « C’est pas pour dire, mais… c’est peut-être Léo, qu’a tout ringué en revenant »

Le patron du garage :
— « Tiens, tu redzipètes le stagiaire ? Pas de ça chez moi ! Allez ! On poutze, on range proprement et on cote le stock, et plus d’aguillage en hauteur, compris ? »

À quatre heures, on a droit à une vraie roillée qui n’était pas prévue au téléjournal. Dans le vacarme, arrive un client qui vient récupérer son vieux péclot. Pour le faire tenir à l’arrière de son break déjà plein de matériel, il faut baisser les sièges et faire tout un cirque pour que tout reste à sa place.

— « Ça va jouer, mais attention, pas de montage impossible, y a la Cantonale qui veille ! » prévient le chef.

À cinq heures, Léo ferme le rideau. Il a la tête qui yoyotte un brin et les piautes plus tant vigousses.

— « Patron, je peux filer ? Faut que je me réduise, j’ai promis à ma bonne-amie de l’aider à panosser la cuisine ! »
— « Vas-y, va poutzer chez toi. Mais demain, t’arrives vigousse, sinon je te colle ! »

Léo va pour s’éclipser, mais avant de fermer la porte, il se retourne :
— « Patron ? Merci… Aujourd’hui, ça jouait pas trop au début, mais je vous promets de faire mieux dès demain. »

Le patron lève le pouce.
— « Tu vois, guelu : un bon apprenti, c’est comme un papet. On le cuit lentement et sûrement. La recette est la même et au final, le résultat est parfait ! »

Dehors, la peuffe tombe gentiment. Le drapeau sur sa berclure se ganguille encore. Au lointain, le traclet redescend en plaine avec les élèves de l’école mécanique. Léo enfourche son boguet qui s’emmode du premier coup, pour une fois. Il file au Café du Pont rejoindre sa promise qui termine son service.
Et dans le garage, le patron, tout seul, cote la dernière porte. « Mon té, mon té… ce pommeau… On va bien finir par en faire un vrai mécano. »

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Je vous invite à rendre visite à l’excellent Topio.ch et son superbe lexique avec lequel j’ai pu construire ce texte. Je ne connais pas de Léo, et s’il y a beaucoup de Jaccard dans mon village, à ma connaissance aucun garagiste n’en porte le nom. Et si vous voulez un autre texte du genre, prolongez votre visite sur topio.ch avec Une histoire de vaudois.

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