Un Français fraîchement arrivé dans le canton de Vaud aura vite l’impression que tout le monde parle… presque français, mais avec un mode d’emploi caché. Entre les “panosses” ou les mystérieux “ça joue ?”, certaines expressions typiquement vaudoises laissent souvent les voisins français perplexes. Et pourtant, pour les Romands, elles sont parfaitement naturelles.
Dans le canton de Vaud, on ne “discute” pas : on “batoille”. Et une personne qui parle beaucoup pour ne rien dire devient aussi une “batoille”. Dans une conversation un peu agitée, il n’est pas rare d’entendre un “ouvre tes quinquets !”, autrement dit : ouvre bien tes oreilles et écoute.
Le quotidien possède tout un vocabulaire typiquement vaudois. La “panosse” reste évidemment la célèbre serpillère romande, mais on peut aussi “poser une cosse” après manger, comprendre faire la sieste. Et lorsqu’un Vaudois dit qu’il va “au pieu”, il parle simplement de son lit. Certaines expressions peuvent sembler franchement mystérieuses. “Tu pige que pouic !” signifie par exemple “tu ne comprends rien”. “J’ai pas d’accouet” veut dire qu’on n’a pas envie ou pas d’énergie. Et “je m’emmode” indique simplement qu’on se met en route.
Un langage coloré venu du terroir
Le parler vaudois adore les surnoms et les petites piques. Le “taguenet du village” désigne le simplet du coin, tandis qu’un “taborniau” décrit quelqu’un de pas très futé. Une “bedoume” est une femme un peu naïve ou maladroite, souvent dit pour plaisanter : “arrête de faire la bedoume”. Les émotions passent aussi par des mots bien locaux. Un vigousse déborde d’énergie, celui qui “piorne” sera ronchon ou pleurnicheur. Et une “vraie pèdze” désigne un véritable pot de colle.
Le “traclet” appartient au vocabulaire des transports et désigne le train ou le tram. Quant au “ramasse gonflées”, c’était autrefois le dernier train de nuit qui ramenait les fêtards et les soulons après les soirées trop arrosées. La « brouette », c’est un train de campagne qui a ses deux terminus à Lausanne et Bercher, officiellement le LEB.
Après “une puissante roille”, autrement dit une grosse pluie, mieux vaut éviter de “cupesser”, c’est-à-dire tomber. Et si quelqu’un “s’épècle une piaute”, il s’est malheureusement cassé une jambe.
Des mots qu’on entend encore aujourd’hui
Certaines expressions sont plus rares chez les jeunes générations mais elles restent encore très présentes dans les campagnes ou dans les discussions familiales. On peut toujours entendre quelqu’un “foutimasser” dans un garage, c’est-à-dire fouiller ou bricoler de manière un peu étrange. Après une bonne nuit, on parlera d’une sacrée pioncée. Des gamines qui crient ? Elles “font des cyclées”.
Le vaudois possède aussi ses mots affectueux. “Ma bouèbe” peut désigner sa chérie, tandis que “cocoler” signifie faire des câlins. “Lui caresser le cotzon”, expression beaucoup plus imagée, revient à lui caresser la nuque.
Ces expressions racontent toute une culture populaire romande, mélange de patois, de monde paysan et d’humour local. Et pour beaucoup de Français installés dans le canton de Vaud, comprendre enfin ce qu’est une “panosse”, un “traclet” ou une “roille” devient presque un diplôme officieux d’intégration suisse romande.
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