Le fait qu’une partie de la Suisse soit francophone donne l’impression à certains que la Romandie n’est qu’une sous-section de la France voisine… mais en réalité, plein de détails du quotidien trahissent une culture bien à part. Voici quelques différences marquantes, souvent surprenantes :
Ce que la Suisse fait différemment : les petites (et grandes) spécificités suisses
Langue et expressions
En Suisse, on ne dit pas « soixante-dix », mais septante. Pas « quatre-vingts », mais souvent huitante. Et « quatre-vingt-dix » devient nonante. On va faire les commissions plutôt que les courses. Au supermarché, on va chercher des actions et non pas des promotions. D’ailleurs, les promotions, c’est quand votre enfant termine l’école obligatoire et qu’il reçoit son certificat de fin de scolarité. Les enfants vont à l’école enfantine, dont la première année est appelée… première année (ou 1H). La dernière année de l’école obligatoire, c’est la 11H. Ici, pas de CP, CM, CE1 ou CE2.
Les Humanités ? Inconnu. Vous avez un Bac+5 ? Bravo. Mais ici, on ne sait pas ce que c’est.
On parque une voiture au lieu de la garer. On l’emmode pour la démarrer. Et les phares doivent être allumés de jour comme de nuit. Quand « on va prendre la poste », on ne va pas braquer un office postal, mais prendre le bus de ligne du village. En Suisse, « la fête », c’est l’anniversaire. Si quelqu’un vous dit « C’est ma fête aujourd’hui », il ne parle pas de son saint du calendrier, mais bien de son jour de naissance ! Un GSM ou un cellulaire ? Non, un Natel. Un « texto » ? Toujours pas: un SMS.
Ici, pas de chocolatine. Nous nous battons pour le pain au chocolat ou le croissant au chocolat.
Votre interlocuteur parle un français approximatif ? Ne vous moquez pas ! Sa langue maternelle est certainement l’allemand, l’italien ou le romanche, les autres langues nationales du pays.
Des patois encore bien vivants
Dans chaque région romande, on trouve encore des expressions locales ou des patois traditionnels.
À Fribourg, on dit volontiers « ou bien ? » en fin de phrase. Dans le Jura, on parle parfois de la « tcheutchatte » pour désigner la pluie fine. Dans le canton de Vaud, la Capitale n’est pas Berne, mais Lausanne, son chef-lieu. En Valais, le patois est différent d’un village à l’autre.
Santé et administration
Pas de Sécurité sociale : chaque habitant doit choisir une assurance maladie privée obligatoire, avec franchise et primes mensuelles. Pas de département : le pays est découpé en cantons, chacun avec ses lois et particularités. Vous cherchez le Maire (ou le Bourgmestre) du village ? Il s’appelle aussi Président de commune ou Syndic dans certains cantons.
Vie quotidienne
À la Migros, l’une des plus grandes chaînes de supermarché du pays, vous ne trouverez pas une goutte d’alcool ni de cigarettes. La Coop, en revanche, en vend.
Les dimanches, tout est strictement fermé, sauf les stations-service ou les magasins de gare.
Les prises électriques ne sont pas les mêmes qu’ailleurs en Europe. Il faut souvent un adaptateur.
Le pain est cher, le fromage excellent et l’eau du robinet est souvent meilleure que celle en bouteille.
Mobilité et transports
Pour les grandes lignes de train, il existe plusieurs compagnies ferroviaires, dont les CFF ou les BLS, réputés pour leur ponctualité. Le réseau ferroviaire est très dense, et vous pouvez même monter boire un café à 3454 mètres d’altitude au Jungfraujoch, la gare la plus haute d’Europe. En dehors des lignes touristiques privées et des remontées mécaniques des pistes de skis, vous pouvez emprunter durant toute une journée la quasi totalité des transports publics du pays (train, bus, bateau, téléphérique…) avec une carte journalière. D’ailleurs, l’Abonnement général vous permet la même chose durant une année entière. On ne réserve que très rarement sa place dans le train. On monte, on s’installe et c’est tout.
Les vignettes autoroutières remplacent les péages : une vignette payée 40 CHF à la frontière vous permet de circuler sur les autoroutes de Suisse de façon illimitée jusqu’à la fin du mois de janvier suivant. Attention si vous l’oubliez, l’amende (contravention) vous la fera regretter.
Les villes disposent d’un réseau de transports publics efficace, avec trams, bus et trains régionaux. Chaque village, même le plus éloigné, dispose d’un arrêt de bus. Les transports fonctionnent « à l’horaire », le Car Postal passe toujours à la même minute (11h02, 13h02, etc.).
Formation professionnelle et travail
La formation professionnelle est très valorisée : de nombreux jeunes font un apprentissage en entreprise dès 15-16 ans. On travaille d’abord, on reçoit le diplôme ensuite ! Et les passerelles permettent à un jeune qui a obtenu un Certificat fédéral de capacité de vendeur à 18 ans de s’installer comme médecin-généraliste bien plus tard !
Les horaires de travail sont souvent flexibles, mais les vacances sont plus courtes qu’ailleurs en Europe (4 semaines par an). Le concept de RTT est totalement inconnu ici: on travaille jusqu’à 45h par semaine (plus dans certains métiers comme l’agriculture). Pour se rendre au travail, l’employeur n’assume aucun frais. Il n’existe pas de salaire minimum de type SMIC au niveau fédéral, il existe seulement dans quelques cantons et s’applique généralement seulement si aucune Convention collective n’existe pour la branche concernée.
Culture et valeurs
La neutralité suisse est connue, mais la démocratie directe l’est moins : les citoyens peuvent voter plusieurs fois par an sur des sujets de société. Il est mal vu de se vanter de ses revenus, la discrétion est une vertu. Les Suisses tiennent à leur ordre, à la propreté, à la ponctualité – et au silence, surtout dans les immeubles !
Vous êtes installés en Suisse depuis des années et demandez la naturalisation ? Ne passez surtout pas la tondeuse un dimanche, on vous refusera la nationalité suisse pour ce motif.
Paiement et technologie
Le franc suisse (CHF) est la seule monnaie. Certains lieux proches de la frontière acceptent l’euro, mais rendent la monnaie en francs. L’application Twint est très répandue pour acheter du pain, payer un café ou son parking. J’allais oublier: nous avons bien l’électricité, de l’eau au robinet, des routes entretenues, un bon système hospitalier et Internet fonctionne partout.
Adieu ! (= au revoir)

