Demander à quelqu’un “son numéro de Natel” fait partie du quotidien en Suisse. Le mot est très utilisé pour parler d’un téléphone mobile, même auprès de la jeune génération qui n’a pourtant jamais connu les premiers appareils de l’époque. Beaucoup ignorent d’ailleurs qu’il ne s’agit pas d’un mot inventé au hasard, mais bien d’une ancienne marque liée au développement du réseau mobile du pays.
Le terme “Natel” vient de l’allemand “Nationales Autotelefon”, soit en français “téléphone automobile national”. À l’origine, le système n’était pas pensé pour tenir dans une poche. Dans les années 1970, la Suisse développe un réseau destiné principalement aux entreprises et aux services professionnels. Les premiers appareils étaient énormes, coûteux et installés directement dans les véhicules.
Bien avant le smartphone, un téléphone dans la voiture
L’histoire commence juste après la Seconde Guerre mondiale. À Soleure, Autophon AG développe un système appelé “Radiovox”, destiné à permettre des communications mobiles. En 1949, une entreprise de transport zurichoise met en service le premier système de ce type pour communiquer avec ses véhicules. À l’époque, l’installation occupe pratiquement la moitié du coffre d’une voiture. Pas question de partir en vacances avec son téléphone, ces premiers “téléphones mobiles” fonctionnaient dans un rayon d’environ 25 kilomètres seulement autour d’un émetteur. Malgré tout, le Radiovox séduit des compagnies de taxis, des bateaux ou quelques industries. Avant même la création du Natel, la Suisse compte déjà plusieurs petits réseaux indépendants. Pour appeler quelqu’un depuis son téléphone de voiture, il n’était pas question de saisir un numéro ou de tourner un cadran numéroté : une petite lumière verte ou rouge indiquait si la ligne était libre et il fallait passer par une standardiste pour atteindre son correspondant.
En 1978, les PTT lancent officiellement le Natel A, premier réseau de téléphonie mobile couvrant la Suisse. Les appareils deviennent transportables, même si certains ressemblent davantage à des valises qu’à des téléphones. Les modèles « portatifs » pèsent jusqu’à 15 kilos. Le prix est colossal ! Un Natel A coûte entre 8000 et 10’000 francs, soit l’équivalent d’environ 20’000 francs actuels. À cela s’ajoute un abonnement très cher et des appels facturés plusieurs francs la minute. Posséder un Natel devient vite un symbole de prestige.
Un réseau compliqué… et parfois frustrant
Le fonctionnement du Natel A était rudimentaire. La Suisse était divisée en plusieurs zones de couverture avec des indicatifs différents. Pour appeler quelqu’un, il fallait parfois savoir dans quelle région du pays il se trouvait. Les communications prenaient du temps à s’établir et étaient automatiquement coupées après trois minutes. Les coupures étaient fréquentes et les clients se plaignaient régulièrement du mauvais fonctionnement du système, après avoir dépensé des fortunes pour leurs appareils. Les publicités ciblaient surtout les hommes d’affaires, les artisans ou les patrons de PME. On vantait le gain de temps et la possibilité de rester joignable partout. Les publicités montraient même des automobilistes téléphonant en conduisant, une pratique qui n’était pas encore interdite.
Arrivé à saturation, le réseau Natel A sera ensuite complété par le Natel B puis le Natel C, toujours analogiques. La grande révolution arrive en 1992 avec le Natel D numérique, basé sur la norme GSM européenne. Les téléphones deviennent progressivement plus petits, moins chers et accessibles au grand public.
L’arrivée des SMS dans les années 1990 contribue fortement au succès du mobile. Peu à peu, le Natel cesse d’être un objet de luxe pour devenir un objet du quotidien.
Un mot plus fort que la marque
En 1997, Telecom PTT devient Swisscom à la fin du monopole des PTT. Un premier opérateur mobile concurrent fait son apparition, puis un deuxième (Diax et Orange, devenu Sunrise et Salt). Ils n’ont au début pas le droit d’utiliser le mot Natel, Swisscom protégeant encore sa marque. Ce n’est qu’en 2017 que l’entreprise abandonne le mot dans ses offres commerciales. Il reste cependant profondément ancré dans le langage populaire, comme “Frigidaire” pour un réfrigérateur ou “Scotch” pour le ruban adhésif, “Natel” est devenu un nom générique dépassant largement sa marque d’origine.
Ironiquement, ce mot né pour désigner un énorme téléphone automobile analogique sert désormais à décrire un appareil capable de remplacer des dizaines d’appareils, de l’appareil photo au GPS… et peut-être parfois aussi à remplacer un téléphone.
Pour en savoir plus: site du Musée de la communication à Berne
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