Quand on parle de monorail, l’image qui vient en tête, c’est souvent celle des grandes villes asiatiques, avec leurs rames futuristes suspendues entre des gratte-ciel. Pourtant, le monorail n’est pas qu’un symbole urbain lointain. En Suisse aussi, il existe une version bien réelle, robuste et surtout très utile sur le terrain. Et elle n’a rien d’un gadget.
La mobilité là où les routes n’existent pas
Depuis plusieurs décennies, Garaventa Doppelmayr développe et produit le Monorak, un monorail utilitaire pensé non pas pour les villes, mais pour la montagne, la forêt et les terrains difficiles. Ce petit engin, discret mais redoutablement efficace, est aujourd’hui largement utilisé en Suisse, en Allemagne et en Italie. On en compte plus de 700 exemplaires en service, parfois là où l’on ne s’attendrait jamais à voir un rail.
L’idée du Monorak part d’un constat simple : dans les régions escarpées, le déplacement à pied prend un temps fou et épuise les forces. Transporter du matériel, des outils ou des charges devient vite un casse-tête. Le Monorak répond à ce problème avec une approche pragmatique : un rail à crémaillère léger fixé au sol, qui peut suivre des pentes très raides (jusqu’à 45% !!), des courbes serrées et même franchir des passages délicats. Sur ce rail circule un petit véhicule motorisé, capable d’emmener une ou plusieurs personnes, ou du matériel, là où il faudrait autrement de longues heures de marche.
Historiquement, ce type de monorail s’inscrit dans la tradition suisse des solutions techniques adaptées au relief. Comme les funiculaires, les téléphériques ou les trains de montagne, le Monorak est né d’un besoin concret, pas d’une vision futuriste. Dès les premières versions, l’objectif était clair : fiabilité, simplicité, sécurité et sans infrastructure lourde ni gros travaux.
Le Monorack trouve son origine au Japon dans les années 1960. À l’origine, ces monorails légers, appelés slope cars, sont utilisés dans les vergers pour transporter des charges sur des pentes très raides. Le fabricant japonais Yoneyama Industry adopte le nom « Monorack » dès 1966. Au Japon, le concept a évolué vers un système d’ascenseur incliné: l’infrastructure, bien plus lourde, supporte une cabine fermée dans lequel prend place le client d’un hôtel par exemple.
En Europe, Garaventa développe un système similaire au modèle japonais pour les vignobles, capable de transporter du matériel et des personnes. Le nom Monorack est repris officiellement en 1976. Une coopération avec des fabricants japonais débute en 1975, ce qui conduit à des systèmes techniquement très proches, la principale différence portant sur le rail, plus robuste côté européen.
Côté fonctionnement, le principe est étonnamment simple. Le Monorak repose sur un rail unique solidement ancré au sol. Le véhicule est équipé de roues et d’un système d’adhérence à crémaillère située sous le rail conçu pour supporter de fortes pentes, bien au-delà de ce qu’un véhicule classique pourrait encaisser. Selon les modèles, la motorisation peut être à essence ou électrique, ce qui permet une utilisation aussi bien en pleine nature que dans des zones sensibles au bruit ou aux émissions. L’alimentation électrique est assurée par batterie, avec une autonomie suffisante pour les trajets quotidiens et une recharge automatique aux extrémités de la ligne.
Un rail, un moteur, et des heures de marche en moins
À l’usage, le gain de temps est spectaculaire. Là où il fallait auparavant une à deux heures de marche pour atteindre un alpage, une installation forestière ou un chantier isolé, le Monorak permet d’y arriver en quelques minutes. Pour les agriculteurs de montagne, les forestiers, les équipes de maintenance ou même certains services de secours, c’est un outil qui change littéralement la journée de travail. Moins de fatigue, plus d’efficacité, et surtout une meilleure sécurité sur des terrains parfois dangereux.
Ce qui est frappant, c’est que ce monorail suisse reste largement méconnu du grand public. Il n’a rien du monorail urbain clinquant, mais il incarne parfaitement l’ingéniosité alpine : une technologie discrète, conçue pour durer, et totalement adaptée à son environnement. Loin d’être une curiosité, le Monorak est devenu un standard dans de nombreuses régions de montagne, preuve que le monorail ne se limite pas aux métropoles asiatiques.
Où peut-on en voir ?
En Suisse romande, il suffit souvent d’ouvrir l’œil. Le long de l’autoroute A9 en direction du Valais, on traverse de vastes zones viticoles où ces monorails sont utilisés pour le travail dans les vignes. On en observe aussi en Lavaux, parfois installés à proximité immédiate des routes. Pour les repérer de plus près, une balade le long des chemins viticoles suffit souvent. Attention toutefois : les lignes de vignes ne sont pas des lieux de promenade: il est important de rester strictement sur les chemins publics.
En réalité, la Suisse n’a jamais attendu le futur pour inventer ses solutions de mobilité. Avec le Monorak, elle rappelle une chose essentielle : parfois, les innovations les plus intelligentes sont celles qui se font loin des projecteurs, au service de besoins très concrets, et qui font gagner, chaque jour, des heures de marche à celles et ceux qui vivent et travaillent en altitude.


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