La scène commence par l’ère industrielle. La machine à vapeur, inventée à la fin du XVIIIe siècle, ne se généralise vraiment qu’au XIXe : trains, usines, locomobiles. Le progrès est bruyant, salissant, mais il ouvre une nouvelle époque où la vitesse et la productivité deviennent des maîtres-mots. Puis arrive le bourgeois du XIXe, canne et haut-de-forme bien en place. La lampe à gaz existe depuis 1792, mais c’est au milieu du XIXe qu’elle éclaire vraiment les grandes villes. À l’aube du XXe siècle, l’électricité prend le relais et transforme les nuits en jours.
La modernité s’accélère encore avec le soldat de 14-18. Le télégraphe a été inventé en 1837, mais il devient un outil massif de communication juste avant les guerres mondiales. Les poteaux électriques et les câbles de télégraphe dessinent de nouveaux réseaux : la technique relie, mais elle divise aussi. Les années 50 sourient à la radio et à l’ampoule. Les prémisses de la radio datent du début du 20ème siècle, mais c’est après 1945 qu’elle entre dans tous les foyers. La lumière électrique, elle, inventée en 1879, ne devient courante dans les campagnes suisses et françaises qu’après les années 30–40. Le confort moderne s’installe enfin, accompagné d’une élégance en tailleur et de la foi dans un avenir meilleur.
Costume-cravate et mallette à la main: l’ordinateur personnel apparaît à la fin des années 70, mais c’est dans les années 80 qu’il se répand au bureau et dans quelques foyers. Le téléphone fixe, inventé en 1876, s’impose véritablement dans les ménages européens à partir des années 60. Le futur est pixelisé, encombrant, mais il semble promettre des lendemains numériques radieux. La femme et l’homme continue d’améliorer son environnement et son confort, le monde devient moins pénible en grande partie grâce à la technique.
Et puis… patatra. Nous voilà aujourd’hui, la tête baissée, hypnotisés par une petite boîte lumineuse. Le smartphone est né en 1992 avec l’IBM Simon, mais il ne conquiert vraiment la planète qu’après 2007, avec l’iPhone. Plus besoin de machines imposantes : tout est concentré dans un écran minuscule. Au prix d’une posture voûtée, d’un cercle qui ne s’ouvre plus sur l’extérieur mais se referme sur soi.
Un sourire s’impose : à force de marcher penchés, finirons-nous par boucler la boucle et retourner à quatre pattes ? L’histoire retiendra peut-être que nous avons su inventer la machine à vapeur, l’électricité, le téléphone et l’ordinateur… mais que nous nous sommes volontairement rendus esclaves d’un rectangle noir.
Et si la vraie évolution consistait à relever la tête, à rompre le cercle, et à retrouver enfin le monde autour de nous ?

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