Commentaire: indépendance ou soumission face à Trump

Donald Trump trônant en « roi », entouré de dirigeants à genoux — symbole d’un monde économique prêt à se soumettre. Image générée avec l’IA.
Publié le 9 novembre 2025 par Grégoire Pomey
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Depuis quelques années, la Suisse semble de plus en plus hésitante à affirmer sa voix sur la scène mondiale. À chaque fois qu’un Donald Trump surgit sur le devant de la scène, il ne manque pas de s’ériger en « roi du deal », en monarque du commerce mondial. Et trop souvent, on voit nos dirigeants autant économiques que politiques s’incliner, sourire figé, comme s’ils étaient reconnaissants d’obtenir une poignée de main ou une photo. Mais à force de se comporter en vassaux du « Roi Trump », la Suisse oublie son propre poids, son histoire et sa puissance réelle.

Car notre pays n’est pas un pion sur l’échiquier mondial. Souverain, riche d’un savoir-faire industriel unique, avec un secteur financier solide et un rôle central dans le raffinage de l’or mondial — cet or dont Trump raffole, symbole de richesse et de puissance. Nous détenons donc, sans le crier, un levier économique majeur. Si Trump aime l’or, qu’il se rappelle d’où vient le sien : souvent de Suisse.

Pourtant, à chaque déplacement, à chaque sommet, des capitaines d’industrie helvétiques se pressent pour plaire à Washington, espérant ne pas perdre des parts de marché. Cette prudence, parfois teintée de servilité, trahit une peur : celle de déplaire à un géant économique. Mais un géant bâti sur du papier, car il faut bien le rappeler — le dollar n’est plus ce qu’il était.

Du dollar roi au billet de papier

À l’époque de Bretton Woods, dans les années 1940, le dollar valait son pesant d’or — littéralement. Les États-Unis pouvaient acheter le monde avec leur monnaie soutenue par leurs réserves. Quatre dollars s’échangeaient alors contre un franc suisse : le billet vert dominait tout. Mais cette époque est révolue. En 1971, le président Nixon a mis fin à l’étalon-or, rompant le lien entre la monnaie américaine et la valeur réelle du métal précieux. Et en 1973, la Suisse, première au monde, a laissé son franc flotter librement, mettant un terme définitif à ce système.

Depuis lors, le dollar n’est plus qu’un symbole de papier. Il n’a cessé de se déprécier : un dollar vaut aujourd’hui à peine 80 centimes suisses. Autrement dit, investir massivement aux États-Unis, c’est miser sur une devise qui s’effrite. C’est, à terme, perdre de l’argent. Et pourtant, certains continuent de s’y précipiter, comme si l’Amérique restait ce phare économique intouchable.

Ce que l’histoire monétaire nous enseigne, c’est que la Suisse a toujours su s’adapter, innover et résister. Lorsque le système de Bretton Woods s’est effondré, notre pays a réagi le premier, acceptant le risque, assumant la liberté. Cette audace a fait de nous une nation respectée, solide, à la monnaie forte. Ce courage, il serait temps de le retrouver.

Le Conseil fédéral doit cesser de plier face aux logiques de puissance, qu’elles viennent de Washington ou d’ailleurs. La neutralité ne signifie pas la docilité. Le commerce n’exige pas la soumission. Nous avons des cartes en main — technologiques, industrielles, monétaires, symboliques — que nous pouvons jouer avec intelligence et fermeté.

La Suisse ne doit pas chercher à séduire le Roi Trump. Elle doit lui rappeler, avec calme mais assurance, qu’un pays stable, fiable et fort n’a pas besoin d’un maître pour exister. Car dans le monde du papier et de la dette, il reste une valeur que l’on ne peut pas imprimer : le respect. Et celui-là, la Suisse ferait bien de le défendre avant qu’il ne se dévalue à son tour.

Je ne suis pas économiste, ni expert des marchés. Simplement un citoyen suisse fâché et triste de voir le monde entier se plier en quatre devant Donald Trump, comme si le bon sens, la mémoire et la dignité nationale n’avaient plus de valeur face à la puissance (perdue) du dollar.

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