Bricoro Cooling Ace : la clim miracle à 69 euros ?

Capture de la publicité Bricoro affichée sur le site de 24 heures, promettant de refroidir une pièce « en quelques secondes » avec un mini climatiseur.

Il suffit parfois de lire quelques lignes d’une publicité pour sentir venir le problème. Celle-ci, je l’ai découverte à un endroit où je ne m’attendais pas forcément à la trouver : sur 24heures.ch, sous la forme d’une publicité. En cliquant, je suis arrivé sur une page consacrée au « Bricoro Cooling Ace », un petit appareil vendu comme une véritable révolution dans le domaine de la climatisation.

La promesse : pour 69 euros, un appareil consommant seulement 45 watts serait capable de « transformer n’importe quelle pièce en un réfrigérateur en quelques minutes », sans compresseur, sans fluide frigorigène et surtout sans évacuer la chaleur vers l’extérieur. La publicité affirme même qu’un utilisateur aurait fait passer sa chambre de 28 à 19 °C en seulement quinze minutes.

Il y a juste un petit problème : cela ne peut pas fonctionner comme annoncé.

Une climatisation doit mettre la chaleur quelque part

Un véritable climatiseur ne crée pas du froid. Il prélève de la chaleur dans une pièce et la rejette ailleurs. C’est précisément pour cette raison qu’un climatiseur mobile possède un gros tuyau qui évacue de l’air chaud vers l’extérieur. Une climatisation fixe utilise le même principe, mais avec une unité extérieure.

Bricoro prétend avoir résolu ce problème. Selon sa publicité, le Cooling Ace utiliserait une mystérieuse « technologie d’absorption thermique » et un « filtre spécial en nid d’abeille nano » qui extrairait l’énergie thermique de l’air « au niveau moléculaire ». La chaleur serait ainsi « neutralisée en interne », ce qui permettrait de refroidir un appartement sans tuyau d’évacuation.

La chaleur extraite de l’air ne peut pas simplement disparaître. Si un appareil fonctionne entièrement à l’intérieur d’une pièce, l’énergie doit rester quelque part. Même un réfrigérateur ne fait pas disparaître la chaleur : il refroidit son intérieur, mais chauffe la pièce dans laquelle il se trouve grâce au condenseur situé à l’arrière.

Un petit appareil peut évidemment souffler de l’air. Il peut également utiliser l’évaporation de l’eau pour produire localement une sensation de fraîcheur. C’est le principe des rafraîchisseurs d’air. Mais ce n’est pas une climatisation capable de faire passer tout un appartement de 28 à 19 °C.

45 watts pour refroidir un appartement ?

Un autre chiffre devrait immédiatement faire tiquer : 45 watts.

Bricoro oppose cette consommation aux quelque 2000 watts d’un climatiseur classique et assure pourtant que son petit appareil peut « refroidir des appartements entiers ».

Si une telle technologie existait réellement, le marché mondial de la climatisation serait effectivement bouleversé. Des industriels dépensant des milliards en recherche auraient soudainement été dépassés par un appareil à 69 euros consommant à peine davantage qu’une petite ampoule.

Mais Bricoro ne fournit sur sa page publicitaire aucune donnée technique sérieuse permettant d’étayer cette révolution : pas de puissance frigorifique exprimée en watts ou en BTU/h permettant une comparaison réelle avec une climatisation, pas de bilan énergétique expliquant où part la chaleur et pas de description crédible du cycle thermodynamique utilisé.

L’ingénieur allemand et son père

Et quelle histoire ! Le Cooling Ace aurait été développé par « Lukas F. », un ingénieur allemand ayant travaillé dans la recherche et le développement chez l’un des plus grands fabricants mondiaux de climatiseurs. Il aurait quitté son emploi pour sauver l’entreprise de son père. Celui-ci serait malheureusement décédé pendant le développement de l’appareil. Lukas aurait poursuivi son œuvre, sauvé treize emplois et refusé plusieurs millions d’euros proposés par de grandes entreprises souhaitant racheter son brevet. C’est émouvant…

C’est surtout difficile à concilier avec une autre publicité publiée par Bricoro lui-même.

Dans une autre version accessible sur le site, l’inventeur n’est plus l’Allemand Lukas F. mais Lucas Moreau, un Alsacien de Strasbourg, frigoriste ayant travaillé pendant des décennies pour un grand fabricant de climatiseurs. Cette fois, son employeur aurait tenté de le faire taire lorsqu’il a découvert sa technologie révolutionnaire. L’homme aurait alors breveté son invention avant de lancer le Cooling Ace neuf mois plus tard.

Dans une publicité, nous avons donc un ingénieur allemand qui développe l’appareil pendant trois ans avec son père. Dans l’autre, un frigoriste français menacé par son employeur qui développe son produit en neuf mois.

Même l’origine de « l’invention » semble avoir du mal à rester au frais : la boutique Bricoro évoque de son côté une « nouvelle technologie brevetée venue de France ».

Et le meilleur se trouve tout en bas de la page

Il faut descendre jusqu’aux petites lignes pour découvrir quelque chose de particulièrement intéressant.

Après avoir expliqué pendant toute la page que le Cooling Ace est un climatiseur révolutionnaire capable de refroidir des appartements entiers, Bricoro précise finalement ceci dans son avertissement : « Ce produit n’est pas un climatiseur complet et ne remplace pas les systèmes de refroidissement professionnels ou installés de manière fixe. »

Le même bas de page précise également que le site est une publicité et non un site d’actualité, que les personnes figurant sur les photos sont des mannequins et que l’exploitant entretient une relation financière avec les fournisseurs des produits présentés. Il indique encore que le produit est proposé par une entreprise située hors de l’Union européenne et avertit que l’exercice du droit de rétractation peut être plus difficile.

Autrement dit, les précautions juridiques racontent une histoire sensiblement différente de celle racontée quelques centimètres plus haut par la publicité.

Il y a encore un détail qui devrait mettre la puce à l’oreille d’un lecteur suisse : le prix est affiché en euros. Pour une publicité diffusée sur le site d’un quotidien suisse et visant manifestement des consommateurs suisses, l’absence de prix en francs est déjà un indice que l’on n’a probablement pas affaire à une offre spécialement conçue pour notre marché. Ce n’est évidemment pas une preuve d’arnaque en soi, mais ajouté aux promesses extraordinaires, au discours pseudo-scientifique et aux nombreuses zones d’ombre, c’est un signal de prudence supplémentaire.

Un produit qui circule sous différents noms

Le cas du Cooling Ace dépasse d’ailleurs Bricoro. ScamDoc a enquêté en juin 2026 sur différents appareils commercialisés sous des noms tels que Coolizi Cooling Ace, Coldeeze, Sherum, Festberg ou encore Libiyi. Selon cette enquête, un même type de mini-rafraîchisseur par évaporation est commercialisé depuis plusieurs années sous différentes marques et au travers de sites très similaires.

Concernant Bricoro lui-même, les signaux invitent au minimum à la prudence. Le domaine bricoro.com n’a été créé que le 27 janvier 2026 et ScamDoc lui attribue un indice de confiance faible. Cela ne démontre évidemment pas à lui seul qu’un commerçant est frauduleux, mais ce sont des éléments à prendre en compte lorsqu’un site relativement récent prétend commercialiser une révolution technologique.

Le plus gênant : avoir trouvé cette publicité sur 24 heures

Le Cooling Ace serait simplement une publicité douteuse de plus perdue dans les profondeurs du Web, l’affaire ne mériterait probablement pas autant d’attention.

Ce qui m’a interpellé est l’endroit où je l’ai découverte : sur le site de 24 heures, un titre de presse de référence en Suisse romande.

Il faut évidemment faire une distinction importante. Une publicité affichée sur le site d’un média n’est pas un article de ce média et ne signifie pas que sa rédaction recommande le produit. Les espaces publicitaires peuvent être alimentés par des régies et des systèmes automatisés sur lesquels les rédactions n’exercent pas nécessairement un contrôle individuel.

Pour le lecteur, la nuance est néanmoins beaucoup moins évidente. La réputation et la confiance accordées au média rejaillissent inévitablement sur ce qui apparaît dans ses pages. Et lorsqu’une publicité renvoie vers une page qui adopte les codes d’un article, raconte l’histoire d’un ingénieur providentiel, multiplie les témoignages cinq étoiles et avance des performances physiquement invraisemblables, le risque de confusion est réel.

C’est peut-être finalement la meilleure protection contre ce genre de publicité : revenir à quelques principes très simples.

Une climatisation doit évacuer la chaleur. Un appareil de 45 watts sans évacuation ne peut pas refroidir un appartement comme un véritable climatiseur. Et lorsqu’une publicité affirme avoir trouvé le moyen de contourner les lois de la thermodynamique pour seulement 69 euros, mieux vaut garder son argent au frais.

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