Le professeur Morse est crédité de l'invention du télégraphe, mais lui attribuer l’entier de cette invention serait une injustice pour beaucoup d'autres travailleurs qui ont grandement contribué à sa découverte.

 
Le télégraphe peut être présenté comme étant un groupe comprenant quatre éléments essentiels, à savoir la batterie, le fil conducteur, l’électro-aimant et les instruments de réception et de transmission. Galvani a découvert que les pattes d'une grenouille présentaient une contraction musculaire violente lorsque les nerfs exposés étaient touchés par un métal et que ses muscles étaient touchés par un autre métal, les deux métaux étant connectés.  L'effet était dû à un courant électrique. De ce phénomène, l'action chimique des acides sur les métaux et la production d'un courant électrique ont été observées, et la pile voltaïque a été inventée.

La pile de Volta consistait en des disques alternés de cuivre et de zinc, séparés par des couches de tissu trempées dans une solution acide. De là naquit la batterie Daniell, inventée en 1836 par le professeur Daniell à Londres, rapidement suivie de celles de Grove et Smee. Ces batteries étaient plus stables dans la production de l'électricité, étaient exemptes d'odeurs et ne nécessitaient pas de nettoyage fréquent, la stabilité électrique étant une évolution importante pour l’exploitation du télégraphe. La batterie Daniell, dans sa forme originale, employait une solution acide de sulfate de cuivre dans une cellule de cuivre contenant une coupelle poreuse et un cylindre de zinc amalgamé dans la coupelle poreuse et entouré d'une solution d'acide faiblement dosée.

Le second élément du télégraphe est le fil conducteur et n’est guère une invention en soi.  Le fait qu’un fil en métal était conducteur avait été observé bien des années avant l'invention du télégraphe. En 1823, Weber découvrit qu'un fil de cuivre tiré entre les maisons ne nécessitait aucune isolation spéciale. C'était une découverte importante pour la construction des lignes télégraphiques. Mais ce qui importait encore plus, c'était la découverte du professeur Steinheil de Munich, qui, en 1837 a décrit la possibilité d'utiliser la mise à la terre pour fermer le circuit électrique.

Le troisième élément du télégraphe est l'électro-aimant, placé comme relais dans un circuit local. Rappelons qu’un électro-aimant attire à lui une pièce en métal lorsqu’un courant électrique est envoyé à travers sa bobine et qu’il perd sa force attrayante lorsque le circuit est coupé. Le relais produit un son à chaque fois que le circuit électrique et fermé et s’arrête lorsque le circuit est ouvert. L’électro-aimant peut être attribué au Professeur Joseph Henry, actif à la Smithsonian Institution à Washington. En 1828, il invente la forme moderne de l’électro-aimant sur la base des travaux d’illustres prédécesseurs.  En 1831, il produit le premier effet mécanique à distance, en commandant la sonnerie d’une cloche déviée par un électro-aimant. Cette expérience peut être considérée comme l'étape pionnière du télégraphe.

Joseph Henry doit partager sa découverte avec un certain nombre d’inventeurs qui ont rendu l'électro-aimant possible. L'électromagnétisme, principe sous-jacent de l'électro-aimant, a été découvert en 1819 par le professeur Oersted de Copenhague. En 1820, l’allemand Johann Schweigger de Nuremberg invente le multiplicateur, devenu de nos jours le galvanomètre. La même année, François Arago découvre qu’un fil alimenté en électricité enroulé autour d’une tige en métal attire à lui des dépôts de fer et que cette attirance cesse dès que le courant est coupé. Le premier véritable prototype d’électro-aimant est proposé en 1825 par le physicien anglais William Sturgeon en enroulant du fil de cuivre autour d’un noyau de fer en forme de fer à cheval, verni et isolé électriquement. Pouvoir manœuvrer le battant d’une cloche demande une énergie relativement forte et seul l’électro-aimant du professeur Henry en était capable.

L’électro-aimant était devenu une pièce essentielle du télégraphe et est toujours utilisé de nos jours, comme par exemple dans les sonneries, dans les relais pour enclencher et déclencher à distance des commandes, dans la robotique, etc. Joseph Henry était opposé aux brevets et n’a pas déposé son nom sur cette invention. C’est regrettable, car d’autres personnes se sont certainement approprié son travail.
Le quatrième et dernier élément important du télégraphe est le code alphabétique Morse, une invention du professeur Samuel Morse, originaire du Massachusetts. L’invention date de 1832, alors qu’il était passager sur un bateau en provenance d’Europe. La première ligne expérimentale date de 1835 et il obtint son brevet français le 30 octobre 1838, son pendant américain le 20 juin 1840 sous le numéro 1647. En 1844, le Congrès des États-Unis lui offre 30’000 dollars pour construire une ligne de Baltimore à Washington et le 24 mai 1844, le premier message en anglais «What Hath God wrought?» est transmis.

Le premier télégraphe Morse était un instrument à pendule, supportant un crayon en contact permanent avec une bande de papier. Tant que la ligne était muette, le crayon restait inactif. Sitôt que la ligne était occupée, un électro-aimant attirait à lui l’armature supportant le crayon et marquait ainsi la bande de papier, qui avançait grâce à un mouvement d’horlogerie. L'alphabet consistait simplement en des points et des tirets représentant chaque lettre. Une courte impulsion donne un point et une longue impulsion maintient le stylet contre le papier assez longtemps pour permettre au mécanisme d'horloge de tirer le papier sous le stylet et de produire un tiret.

L’invention du télégraphe a été revendiquée par l’allemand Steinhell, mais aussi par les anglais Cooke et Wheatstone.  Chaque nouvelle invention voit d’autres évolutions suivre rapidement : ce sera le cas avec le télégraphe chimique de Bain inventé en 1848, qui utilise un système de papier perforé permettant de passer des messages très rapidement, jusqu’à 1000 mots par minute (Brevets US n° 5957 du 5 décembre  1848 et n ° 6328 du 17 avril 1849). Le télégraphe Duplex est inventé en 1853 par l’autrichien William Gintl, amélioré par l’allemand Carl Frischen et par Joseph Stearns de Boston, qui perfectionna le duplex en 1872. Ce système double la capacité du fil télégraphique et permet aux messages envoyés de ne pas entrer en collision avec les messages arrivant de la station visée. Ainsi, les opérateurs aux deux extrémités de la ligne peuvent télégraphier sur le même fil et en même temps. Edison améliorera encore le système avec le quadruplex mis au point en 1874 (Brevet US n ° 209241 du 22 octobre 1878).

Traduit de l'anglais par G. Pomey.
Document original: The progress of invention in the nineteenth century, par Edward W. Byrn.